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Bresil --> De Rio a Salvador de Bahia (Marco)

La route de Rio à Salvador de Bahia, c'est la route de la joie ! 1200 km de nids de poules, de circulation effrayante, de coups de klaxons, de moustiques assoiffes de sang, de jungles impenetrables et de «monstres» en tout genre.

Il existe toujours une bestiole inconnue a mon bataillon pour se poser sur mes bras ou mes jambes, provoquant ma surprise. Malgre l'habitude, un insecte de la famille des arachnees affuble d'un corps bleu/vert spongieu au pates velues, prit en pleine tete, m'arrache inexorablement un cri de degout. Mais bon, comme nous le savons tous : «ce n'est pas la petite bete qui va manger la grosse». Cette route bresilienne est magnifique. Nous longeons la cote dans une chaleur etouffante et une moiteur redoubtable. La jungle luxuriante est similaire a celles que nous avons rencontrees en Malaisie / Indonesie et la beaute de certains coins sont a l'image des mets locaux : ils arrachent litteralement les tripes ! Souvent, la route est coupee par un de ces nombreux fleuves aux eaux sombres. Il n'existe que rarement de pont pour les franchir et nous mettons alors velos et bagages dans une pirogue de fortune. C'est parti pour deux heures de traversee, a chaque fois memorable, dans les forets de mangroves. Le probleme, c'est la surcharge et l'equilibre precaire de l'embarcation. L'idee d'aller chercher les velos dans ces eaux dangereuses ne m'enchante guerre... surtout ne pas eternuer! Nous avons donc plus de 1000 km a faire dans ces conditions. Comme l'a ecrit Matos, les temperatures sont tres importantes et rouler par 45/49 degres nous est tres penible. Nous connaissons la solution: elle est matinale. Il en etait de meme pour eviter les vents violents au Chili, ici ce sera pour eviter la fournaise. C'est juste un coup a prendre. Nous nous reveillons donc tous les jours avec les animaux de la jungle et en guise de petit dejeuner nous avalons un verre de guarana, dont les effets sont incroyables. Cette plante amazonnienne aux multiples vertus nous donne un veritable coup de fouet tout le long de la journee. Un petit miracle de la nature, le revers de la medaille est le gout franchement degueulasse de cette potion. Du coup, nous roulons 80/90 km par jour et nous arretons de pedaler vers 13 heures pour profiter des nombreuses plages desertiques et sauvages que nous rencontrons. L'apres midi commence generalement par une bonne bataille de boules de sable jusqu'a epuisement des effets du guarana, pour se terminer dans les monstrueuses vagues de cette partie de l'ocean Atlantique. Autant vous dire qu'a 20 heures nous sommes morts!!! Nous faisons parfois halte pour la nuit dans des petits villages de pecheurs hauts en couleurs. La nuit, le Bresil prend un nouveau visage. Certains se retrouvent sur la plage pour d'incroyables parties de "futebol", tandis que d'autres improvisent (toujours autour d'une avalanche de caipirinas) des groupes de samba ou les couples dansent le foro a la perfection. Il suffit de longer la plage deux minutes pour assister a un cours de la majestueuse et sportive Capoera. Cet art martial invente par les esclaves bresiliens, melange de danses et de techiques de combat. Les eleves enchainent les flip flap et les sauts perilleux avant/arriere. Tout le monde chante, et suit en frappant dans ses mains le rythme impose par le professeur. L'atmosphere sur cette plage est survolte et confere a l'instant present un gout de surrealisme. Le Bresil, ce n'est vraiment pas un mythe!!! Beaucoup de gens nous ont tres fortement deconseille ce pays a velo : beaucoup trop dangereux, trop de bandits, de trafic, d'absence de routes circulable a velo etc... Je me rends compte une fois de plus que l'ignorance est un fleau ainsi qu'un frein a la realisation de ses envies. Certes, il existe ici une violence que je n'ai jaimais rencontré auparavant. Le Bresil, c'est 40000 morts annuels par armes a feu, il existe bien une guerre civile a Rio, et nous avons vecu les voleurs en tout genre. Notamment ces enfants faisant deliberement les poches de Matos a deux heures du matin a Salvador. Mat avait beau leur montrer qu'il n'avait rien sur lui, les gamins nous suivaient et continuaient de fouiller inlassablement le pantalon vide... Mais nous sommes heureux d'etre ici, a partager le quotidien de ces gens simples et chaleureux ; ces epicuriens dont la vie m'apparait teintee d'une rare simplicite et de bonheur vrai. Je ne regrette ni la chaleur, ni ces montagnes toujours trop dures a gravir, ni le danger du trafic. Quelle recompense pour nous d'etre ici ! Malgre les difficultes quotidiennes, nous gardons notre rythme et progressons vers le nord/est. D'abord l'etat de Rio puis celui de Spiritu Sanctu pour atteindre enfin Bahia. Nous appercevons tout le long de la route les cabanes de bambous et plastiques abritant les paysans du "mouvement des sans terre". Des centaines de familles vivent dans des conditions sanitaires deplorables de part et d'autre de cette "nationnal" br 101, en attendant une regularisation de leur statut promis par le president Lula. Mais pour le moment, ils vivent du braconnage, de la peche et de leur maigres recoltes. J'ai l'impression de me retrouver en Inde, plus precisement lors de notre effroyable traversee des bidonvilles de Bombay. Avec cette chaleur et ces pluies quotidiennes je n'ose imaginer leur vie dans ces taudis au toit en bache de plastique. Pourtant ils nous acceuillent toujours avec le sourire et nous encouragent de gestes amicaux. Au Bresil, le danger ne reside pas tant dans les campagnes que dans les grandes agglomerations et comme nous l'avions fait pour Rio nous arrivons a Salvador a la nuit tombee. C'est toujours epuisant après 90 km pedales de redoubler de vigilance a chaque coin de rue le temps de trouver les hotels les moins chers de la ville. De toute facon, si quelqu'un me menace d'une arme a feu pour me voler mon velo, charge comme il l'est, j'ai juste a metre le grand plateau et... a souhaiter bonne chance. Sans habitude, c'est sur, le voleur ne fait pas 50 metres avant d'abandonner ;0) Salvador, c'est la ville afro/bresilienne par excellence ou la musique ne s'arrete jamais. Nous goutons aux saveurs du tapioca et du manioc, apprenons a danser (mais sans grande grace) le foro et decouvrons des endroits surrealistes. Notamment ce bar reggae situe dans une favelle ou les ruelles, pour y acceder sont de veritables coupe-gorges. Mais l'ambiance y est execeptionnelle ! Ce soir, nous sommes convies a une ceremonie de Candomble. Il s'agit de rites religieux afro/bresilien puisant ses origines en Angola. Nous nous rendons a l'exterieur de la ville dans la maison du maitre de ceremonie. Il faut etre habille de blanc (ce qui n'est pas evident pour nous vue notre maigre garde robe). Nous penetrons dans une piece de 40 metres carre, les femmes d'un cote, les hommes de l'autre. Nous sommes une trentaine debout a former un cercle. Dans l'assistance se trouvent des jeunes et moins jeunes visiblement accoutumes a ce genre de ceremonie de magie blanche. Ils prennent cela tres au serieux... et moi aussi. Dans un coin de la piece trois percussionnistes entament leur musique lancinante, le Candomble commence ! Un vieil homme invoque Caboclo, le dieu de la jungle et de la medecine. Tout le monde frappe dans ses mains. Quatre femmes entrent et se mettent a danser gracieusement. La chaleur monte. La musique s'accelere. Le "pretre" chante de plus en plus fort. Impressionnes Mat et moi n'en perdons pas une miette et commencons a transpirer severement ; comme tout le monde. Au bout d'une heure, l'atmosphere de la piece survoltee atteint son paroxisme. Les musiciens, au bord de l'epuisement, sont remplaces par d'autres et la musique ne s'arrete jamais. J'ai l'impression que nous sommes une centaine dans cette micro piece. Soudain le "pretre" s'avance vers une des danseuses et la prend dans ses bras. Elle tremble, tombe en arriere, se retient... elle est en transe. Caboclo est en elle. C'est tres impressionnant. A son tour une jeune fille en face de moi entre en transe. Apparemment, elle n'y tient pas particulierement, resiste, tente de garder ses esprits, mais finit par perdre le controle. C'est contagieux, un homme a cote de Mat est possede egalement, puis un autre et encore un autre. Ils sont cinq au milieu de nous a etre en transe. Ils nous embrassent et nous prennent dans leurs bras. Des femmes pleurent, d'autres rient. Nous avons la sensation extraordinaire de faire partie de leur monde, de les avoir toujours connus. Je suis fascine. Maintenant, ceux qui le souhaitent, peuvent s'adresser directement a Caboclo a travers les personnes possedees. Elles obtiennent ainsi des reponses a certaines questions de l'existence. C'est le but de la ceremonie. Tout cela me semble absolument reel, et fait partie integrante de la culture de cette region du Bresil. Beaucoup d'hommes politique ont apparemment utilise le Candomble pour connaitre l'issue des dernieres elections. C'est une experience troublante, enrichissante et resolument humaine... a l'image du peuple bresilien. J'ecris ces quelques lignes de Madrid. Nous avons rencontré des problemes de billets d'avions de nouveau et sommes restes quatre jours dans differents aeroports avant de retrouver la vieille Europe. 1500 km, c'est la distance qui nous separe de vous... Le samedi 5 juin 2004... notre date de retour au bercail. je me sens si proche et si loin a la fois! Le moral est bon et la forme excellente, Nous gardons le cap! Je vous embrasse toutes et tous tres fort A tout de suite Marco.

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