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Fidji --> Bula bula vinaka (Marco)

Boula, boula vinaka, Nadi, Fidji... je me répète une seconde fois ce doux nom exotique pour me permettre de marquer mon esprit et ainsi prendre conscience de l'endroit ou nous nous trouvons.
Les îles Fidji, ça fait rêver !!!

Ce pays est constitué de deux îles principales Viti Levu et Vanua Levu ainsi que d'un archipel de dizaines d'îles. Je m'imagine des plages infinies de sable blanc immaculé où l'on pourra jouer une fois de plus les Robinson. Mais la réalité est tout autre. La population rurale est très pauvre et vit de sa pêche, de ses cultures et de sa débrouillardise. Tout le littoral est utilisé pour les plantations de Mangroves fournissant ainsi le bois pour le feu, ainsi qu'un vivier naturel pour les poissons et crustacés. La misère des villageois nous saute aux yeux. Sans électricité ni eau courante, des familles entières vivent en communauté dans des cabanes de bois ou de tôle formant leur propre village à la hiérarchie bien définie. Il existe bel et bien des plages paradisiaques aux Fidji mais elles se trouvent sur les petites îles inaccessibles du nord-ouest qui plus est propriété des grands complexes hôteliers. Tant pis pour Robinson, c'est décidé cette fois nous jouerons les Margaret Mead et irons directement à la rencontre des anciens peuples anthropophages dans les coins reculés de Viti Levu. Comme je vous l'expliquais à la fin de ma réactualisation sur l'Australie, nous sommes hébergés par une famille fidjienne adorable, depuis notre sortie de l'aéroport. Nous nous trouvons à Nadi la 2ème ville de l'île après Suva la capitale. Malgré la gentillesse et les liens qui se créent avec la famille Kata, nous avons une furieuse envie de découvrir cette île. Le lendemain à l'aube nous enfourchons nos vélos déjà surchargés, direction sud /sud-est pour rejoindre la fameuse route de corail. A cette heure-ci, l’air est encore frais, mais les nuages menaçants sont annonciateurs de pluie diluvienne. Comme toujours nous appuyons sur nos pédales. Comme toujours nous nous immergeons dans les concerts de klaxons de la dense circulation des grandes villes. Comme toujours j’accueille avec grand plaisir le retour de la nature à la sortie des agglomérations. Comme toujours nous admirons et nous imprégnons de la beauté des paysages. Comme toujours le vent dans le nez !!! Il fait 27degres ce matin, notre vitesse moyenne est de 14km/h, le taux d’humidité de 75 pour-cent…tout va bien. Nous avons décidé de faire le tour de Viti Levu soit approximativement 600km, et rallierons ensuite la petite île d’Ovalau à la richesse culturelle et ethnique considérable. Notre premier contact avec les insulaires s'effectue, comme à notre habitude en leur demandant de l'eau pour nos gourdes. Nous nous adressons en priorité au chef de village qui nous introduira auprès du reste de la communauté grâce à la traditionnelle séance de "Sevu Sevu". Il s'agit de se réunir tous ensemble, de s'asseoir par terre ou sur des nattes afin de boire du Kava (mélange d'eau et de racines pilées aux effets soporifiques) dans une noix de coco qui passe de mains en mains. Tous les adultes sont présents et nous buvons chacun notre tour "cul sec" le précieux liquide tandis que la foule exécute des gestes et récite les paroles rituelles. La séance se termine après l'ingestion des litres et des litres de Kava et cela peut durer des heures... c'est bon, c'est fait, nous avons fait connaissance. Bien entendu après tout cela plus question de demander de l'eau pour nos gourdes. Les Fidjiens nous paraissent d'emblée très sympathiques et très hospitaliers. Avec le recul nous nous accordons à dire avec Mat' qu'ils forment le peuple le plus chaleureux et le plus accueillant que nous ayons rencontré jusqu'à présent. Il nous est toujours difficile et délicat de quitter une famille, un village après tous ces moments de partages et ces liens tissés. Nous repartons le matin généralement avec un surplus de poissons grillés et de Kassava enroulé soigneusement dans des feuilles de bananier. Au bout de 250 km le bitume cède la place à une route boueuse et caillouteuse. Les pluies sont quotidiennes et gèrent notre avancée à travers les plantations de canne à sucre. Nous sommes souvent contraints de nous arrêter pour trouver un abri de fortune. Là nous restons longtemps à observer la faune et la flore. De temps en temps un serpent vient se lover tout contre nos roues, et les moustiques nous dévorent sur place. Parfois le temps semble s'arrêter lorsque des millions d'éphémères remplissent ou devrais-je dire inondent l'atmosphère dans une jungle devenue muette... féerique. Nous évoluons maintenant dans des chemins devenus pratiquement impraticables. Nous poussons et tirons plus nos vélos que nul part ailleurs. La boue collante bloquant nos roues nous oblige à les démonter tous les 500 mètres pour les nettoyer. Je vous assure qu'au bout du 3ème démontage sous la pluie j'en ai un peu marre de me dire que cet exercice m'apprend la patience. ;0) D'ailleurs nous avons trouvé la solution en retirant purement et simplement les garde-boue. Il suffit maintenant de ne pas rouler trop proche l'un derrière l'autre les jours de pluie ;0) Lorsque le temps nous le permet nous adorons déjeuner les pieds dans une rivière, au milieu de nulle part. Nous croisons souvent des villageois qui n'hésite pas offrir des noix de coco et nous nous délectons alors de l'eau ainsi que de la chair du fruit. Ils nous posent toutes sortes de questions et s'interrogent sur la venue dans leur région de deux blancs à vélo chargés comme des mulets. Nous plaisantons souvent avec eux et aimons rire en toute simplicité de nos différences culturelles. Spontanément ils nous proposent de venir dans leur village pour raconter tout cela aux autres, mais nous devons avancer dans notre périple et déclinons ainsi de nombreuses invitations. Depuis longtemps la circulation a disparu de cette piste et nous avons de plus en plus de mal à trouver de la nourriture et de l'électricité pour recharger notre appareil photo/camera. Les villages se font de plus en plus rares et nous commençons à réfléchir sur nos chances de réussite à traverser cette île par cette"route" que nous avons choisie. Les montagnes volcaniques s'enchaînent et la fatigue se fait de plus en plus ressentir. Il nous est arrivé un soir de bivouaquer dans la jungle avec juste 75cl d'eau et pour tout dîner un pot de beurre de cacahuètes et un fond de confiture de fraise... Vive le beurre de cacahuètes !!! Mais bon, au moins nous sommes tranquilles, bien au calme et puis l’altitude rend nos nuits un peu plus fraîches. Au fur et à mesure de notre avancée nous découvrons des Fidjiens très croyants, allant à la messe dans leurs différentes églises tout le samedi pour les protestants et tout le dimanche pour les catholiques. Les îles Fidji ont été évangélisées au milieu du 18ème siècle après avoir combattu pendant de nombreuses années les indigènes anthropophages couverts de tatouages. L’assassinat de Cook a Hawaï, la mort du navigateur français Marion Dufresne mangé par des Maoris, et la disparition mystérieuse en mer de La Pérouse à la même époque ébranlèrent le mythe du paradis et du "bon sauvage". Le clergé décida rapidement de faire quelque chose pour ces sauvages qu'ils fussent bons ou non. A cette époque, les grandes puissances coloniales européennes étaient toujours à la recherche de nouvelles influences, et se livraient à une véritable course poursuite. Le Pacifique faisait l'objet de la convoitise des Français (catholiques) et des Anglais (protestants). La ferveur religieuse des Fidjiens est impressionnante et nous aimons participer à leur dévotion le soir en famille quand toute la communauté se réunit pour chanter a capella. Ils connaissent depuis leur enfance des livrets entiers d'hymnes et de chorus tous plus beaux les uns que les autres. Un des plus beau souvenir de ce pays reste pour moi d'entendre en pleine nuit la berceuse d'une mère pour son enfant qui, chantée tout en douceur et retenue, perçait les murs en torchis de son abri comme pour nous apaiser également. Enfin après des jours de séances de torture à galérer sur ces pistes défoncées nous voyons tout de même le bout du tunnel. Re-pollution, re-circulation, re-goudrons... re-route quoi! Mais les vélos ont beaucoup soufferts et celui de Mat’ est particulièrement touché. Le verdict est sans appel : il va falloir souder. Mais bon, notre moyenne kilométrique remonte tout comme le niveau de notre "cagette à bouf". Fini le beurre de cacahuètes à la petite cuillère ;o) Nous croisons un bon nombre d'écoles. En fait, nous n'avons que l'embarras du choix pour en visiter une car les Fidji en possède plus de 600, une vraie île aux enfants. Tout en roulant j'observe les mouflets qui nous appellent en hurlant. Sur un des murs je peux lire la maxime suivante :"la tolérance est la clé du succès" et comme pour bien me rentrer cela dans le crâne ma roue arrière glisse sur le bas cote, tombe dans un trou et mon vélo bascule sous le poids. Je fais un joli vol plané à la Superman et n'en finis plus de glisser sur la chaussée mouillée. Heureusement que Mat' n'était pas loin derrière pour arrêter le trafic. En me relevant je constate que tout va bien. Je m'en tire plutôt bien par contre Evinerude et les sacoches auront besoin d'une bonne révision. J'aime être plein de boue, « ça fait comme les participants du Raid Gauloise que l'on voit à la télévision ! » ;0) J'aime ce voyage fantastique autour du monde J'aime les Fidji et sa population J'aime son climat... car inexorablement la pluie prochaine viendra me laver. Le moral est au beau fixe et la forme excellente Nous gardons le cap ! A tout de suite Marco

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