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Fidji --> Pour le pire et le meilleur (Matos)

Ovalau, tout prêt de l'embarcadère des ferries, 4 heures du matin

Le jour se lève dans deux heures et déjà les moustiques sont en pleine activité.
La fraîcheur nocturne, toute relative, nous permet de nous activer à la lueur de nos Petzl, nos lampes frontales.
Surtout, ne rien oublier.

Cette nuit-là, nous avons dormi dans le jardin d'une propriété désertée par les propriétaires et surveillée par un grand-père jardinier. En fait, nous le connaissons déjà puisque nous y avons élu domicile une semaine auparavant, lors de notre arrivée sur cette petite île à l'est de Viti Levu, nommée Ovalau. Le tour de cette langue de terre ne s'est pas fait sans difficulté, mais nous avons été récompensés par les paysages, les rencontres avec les insulaires et leurs enfants. Ce matin nous reprenons donc le ferry pour rejoindre Viti Levu, l'île principale des Fidji et continuer notre tour. A six heures, le cor de brume retentit, le ferry s'éloigne du quai. Le soleil s'élève tout doucement au-dessus d'Ovalau. Nous accostons une heure plus tard. Tout le monde descend et embarque l'un dans un bus, l'autre dans la benne d'un pick-up. Il est temps de préparer notre petit déjeuner pour faire face à notre matinée de pédalage. Nous nous installons sur le quai au bord de l'océan, déployons le réchaud, dressons la table. Marc déguste un café allongé de lait concentré sucré tandis que j'apprécie un thé bien sucré. Le pain de mie est sorti, nous l'accompagnons de beurre de cacahuètes et de confiture. Tranquillement, nous évoquons la semaine passée et les jours qui arrivent. Le petit déjeuner vient à son terme ; la vaisselle aussi. Il ne fait pas encore trop chaud, il est temps de reprendre du service... A la sortie de l'embarcadère, nous tournons à droite pour rejoindre, 40 kilomètres plus loin, la King's road au nord de Viti Levu, qui nous ramènera à Nadi. Nous savons que cette route risque de ne pas être évidente. En effet, elle débute au niveau de l'océan puis coupe les terres, sans longer la côte, à aucun moment. Même si une légère côte se dresse devant nous et que la route est caillouteuse, à ce moment-là tout va bien. Nous avons la journée devant nous, nos gourdes sont remplies d'eau potable, nous sommes aux Fidji et surtout nous allons saluer, rencontrer plein de Fidjiens aux sourires éclatants. Nous n'évoluons pas bien vite, les cailloux nous empêchent de "lâcher les chiens". Nos 9/10 km/h nous permettent à peine d'éviter les pierres, les flaques de boue et autres trous qui jonchent non plus la route, mais plutôt la piste que nous empruntons. Ne nous plaignons pas, tout est plat. Même si nous apercevons les montagnes au loin et que notre carte nous indique un sommet à 1600 mètres d'altitude, nous pouvons espérer un passage entre les versants, comme cela nous est déjà arrivé en Turquie et en Iran. Le soleil ne perce pas, la lourdeur commence à s'abattre sur nos épaules. Très vite nous nous rendons compte que la piste se dégrade. De plus nous ne croisons aucune voiture, aucun camion, aucun 4x4... Vers 10 heures du matin, nous débordons d'énergie, alors nous poussons gaiement et entonnons des chansons. Même cela ne fait pas pleuvoir. Nous avançons bien doucement et très péniblement sur cette piste qui ressemble plus au lit d'une rivière asséchée. Des trous d'un mètre de diamètre, des cailloux dignes de rochers, une inclinaison pire que notre côte de Cassis nous obligent à pousser et à nous arrêter tous les 20 mètres. Par endroit, la terre n'a pas pu absorber l'averse de la nuit, la piste en est encore plus glissante. Sans appui, nos sandales habituées à pédaler, viennent bientôt entailler nos pieds. Durant cette ascension, nous croisons des jeunes Fidjiens qui rentrent de l'école, nous saluent "Bula, bula vinaka" le sourire aux lèvres Au fur et à mesure de nos efforts, nous apercevons le sommet de la montagne. "Derrière, se dissimulerait-il une descente salvatrice ?". Dans tous les cas, tout en haut, une pause s'impose ; d'une part pour souffler un brin, d'autre part pour admirer les paysages qui nous sont offerts : des champs de canne à sucre à droite, des palmeraies à perte de vue à gauche. Et tout cela se confond dans des nuances de verts indescriptibles. La descente tant attendue se révèle, en fait, des plus périlleuse. Debout sur les freins, nous évitons de rouler sur une pierre qui se déroberait sous notre poids. Trop tard ! BARDADA ! Mon vélo glisse et m'entraîne à terre. Rien de grave, plutôt un sourire parce que je le sentais venir. Dans le creux de la descente, les arbres recouvrent la route qui s'aplanit et découvre des maisons regroupées en îlot. A 16 heures, il est temps pour nous de demander hospitalité ; nous ne savons si nous aurons l'occasion de retrouver un endroit pour nous arrêter et remplir nos gourdes d'eau potable. Pour nous approcher de la première maison, nous franchissons une petite rivière. L'endroit est féerique : aucune voiture ne pollue l'atmosphère, l'herbe est rase et coupée jusqu'aux entrées des maisons, la rivière coule gentiment et nous gratifie de son clapotis apaisant. Les jardins des cinq maisons colorées se parent de fleurs et de plantes multicolores. Elles embaument et encouragent les oiseaux qui nous font profiter de leur merveilleuse chorale. Au bout de quelques minutes, deux Fidjiens arrivent, surpris, mais souriants. Nous nous présentons, leur expliquons notre voyage, leur demandons de planter notre tente "juste là pour ne pas déranger". Ils se regardent, échangent quelques mots. Ils sont tout à fait d'accord, mais préfèrent que nous dormions dans la maison de sa sœur qui vit à Suva. Nous n'avons pas vraiment le choix et puis dormir sous un toit, c'est plutôt royal ;0) Le temps de nous installer, Josua nous propose, non pas une douche, mais un bain. Du coup, c'est nous qui sommes surpris. Ce sera une baignade dans la rivière qui longe leurs maisons. Barboter dans cette eau qui descend des montagnes au milieu de nulle part, quel bonheur ! Durant ce moment, la famille revient de la messe. Les présentations sont faites et, comme-ci nous nous connaissions de longue date, les enfants nous entourent, nous lancent un ballon de rugby tandis que le doyen du village, Marika, et sa femme, Méré, discutent du voyage, de leur vie, ici, au village. Ils récoltent le kasava, substitut de la pomme de terre, les noix de coco et les bananes, ils pêchent leur poisson dans l'océan. Pas d'électricité ni d'eau courante ; aucun confort superflu ne vient perturber leur vie de famille tournée vers les autres. Avant de nous écrouler de fatigue, Mére tient à nous faire découvrir le thé fidjien. Il s'agit d'une infusion de feuilles de citronnier. C'est un délice et pendant que nous nous délectons, chacun y va de sa petite histoire. Le lendemain matin, Méré dévoile ses talents de cuisinière : poissons grillés, feuilles de dal au lait de noix de coco et kasava tiède. Epérama nous accompagne, impatient de nous faire une démonstration : il monte sur un cocotier, pieds et mains nus, choisit de belles noix, redescend, les ouvre en deux coups de machette et nous en fait déguster l'eau et la chair tendre. Cette dégustation laisse place à la photo où toute la famille se présente. Tandis que Méré nous emballe le poisson grillé et le kasava dans des feuilles de bananier, nous nous approchons de la rivière pour reprendre la route, la gorge nouée par tant de simplicité, tant de générosité. Une nouvelle journée s'ouvre à nous. Nous commençons déjà à grimper tandis que les enfants du village nous font la surprise de nous attendre. Ils nous suivent quelques mètres, puis jusqu'en haut de la première côte nous aident à pousser les vélos... A travers ce petit récit, je tiens à remercier simplement et du plus profond de mon cœur toutes les familles, tous les enfants que nous avons rencontrés et qui nous prouvent au quotidien leur joie de vivre, leur envie de découverte et leur générosité. Alors merci, merci et encore merci A tout de suite, Matos

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