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Equateur --> Nous, les gars de la narine (Matos)

Depuis Riobamba, la route longe une voie de chemin de fer bien etroite et bien mignone qui sillonne a travers les montagnes et, tandis qu'elle nous nargue, nous, nous les escaladons. Nous la "connaissons", c'est l'ancienne ligne Riobamba-Alausi-Ducan dont la majeure partie a ete detruite par les tempetes provoquees par El Nino en 1997-98.

Ce qui nous interesse, c'est qu'elle rejoint Alausi et de la la "Nariz del Diablo" (la Narine du Diable), une curiosite qui, a sa simple evocation, donne envie pour les curieux que nous sommes. Ca tombe bien,c'est sur la route... Une fois arrivee a Alausi, dans la province du Chimborazo, nous consultons d'emnblee les horaires du petit train. Maldicion ! il ne circule plus aujourd'hui, ni demain, ni apres-demain. Serait-ce cuit pour la Nariz del Diablo ? Ah ca non, il n'en est pas question ! Apres quelques renseignements glanes ca et la, nous consultons une carte de la ligne ferroviaire affichee sur le mur de la gare. Le chemin de fer desservait Cuenca (notre prochaine etape). il en reste une ancienne voie. Si toutefois elle n'est plus praticable, nous pourrons retrouver la route a Simbambe. Les jeux sont faits, demain nous descendrons la Nariz del Diablo. Lundi matin de bonne heure, nos provisions de nourriture et d'eau effectuees, nous nous engageons et suivons le rail. Les 200 premiers metres sont plus qu'agreables. Ca descend et nous pedalons aisement quand un Equatorien du cru nous interpelle gentiment :"Salut les gars, vous ne comptez pas passer par la avec vos velos ? non parce que c'est infaisable avec les pierres, le manque de place des bas cotes..." Comment ca ! Sachez, Monsieur qu'impossible n'est pas Francais ;0) En plus, il fait beau, les oiseaux chantent alors nous nous engageons. 10 minutes apres, nous devons mettre pieds a terre ; les cailloux obstruent le passage. Soit ! avec precautions nous avancons, guidon a la main et velo sur le cote. Meme si l'inclinaison s'accentue, cela ne simplifie pas la descente car nos velos prennent du rythme. La piste, creusee a flanc de montagne nous devoile enfin ses sinuosites. Nous sommes encore bien haut, a plus de 2000 metres et nous apercevons, tout en bas, minuscule un pont enjambant la riviere. Virage apres epaulement, le bas cote de la ligne se degrade fortement. Les pierres et la vegetation ne nous laissent quaisiment plus de place pour circuler. Nous sommes alors obliges de changer de cote regulierement. Passer le premier rail : soulever le nez du velo, passer le pied gauche puis le droit, reposer la roue avant et avancer un peu. Soulever le cul du velo, passer le pied gauche, puis le droit tout en avancant de travers et reposer le velo. A ce moment, tu es entre les deux rails, mais la, impossible de rouler. Donc, tu dois passer le second rail dans les memes conditions pour te trouver a gauche de la ligne et continuer d'avancer. Je rappelle a toutes fins utiles que nos velos pesent entre 45 et 50 kg. A bout de bras ce n'est pas rien ;0) De la ou nous sommes, nous admirons les pentes et les versants de ces montagnes dont la vegetation aride est brulee par le soleil. L'inclinaison reste accentuee et les courbes fichtrement sinueuses. Le soleil tape de plus en plus fort. Nous sommes esseules, au calme. Nous arpentons la Nariz del Diablo avec nos velos. Nous sommes heureux :0)) Une heure plus tard, soit 3 km plus loin, se presente notre premiere grande difficulte. Devant nous se dresse un ravin. Et je vous entends deja dire "oui, mais il y a un pont !" Ce a quoi je reponds :"certes, mais y a qu'a voir la gueule du pont !" : 2 rails paralleles (c'est deja ca) soutenus par des poutrelles de bois espacees d'au moins 50 cm, installees soit a droite, soit a gauche et de traviole. Mais cela ne nous frenera pas, loin s'en faut ! Le velo sur un rail, les pieds avancant poutrelle apres poutrelle, notre numero d'equilibriste debute et se termine... en beaute. Il nous aura quand-meme fallu 5 a 6 minutes pour passer les 7 ou 8 metres de pont, surconcentres. Une eternite ! Et nous avancons, bonant-malant au milieu de cette narine incroyablement calme et attentive, comme si les sommets nous observaient. 4 heures apres le depart et 5 ponts traverses, nous arrivons au niveau de la riviere qui s'ecoule entre les deux versants. Il est l'heure d'une pause dejeuner bien meritee a l'ombre (enfin) d'un ancien reservoir d'eau, tout proche d'une etendue herbacee qui nous devoile les premiers etres vivants depuis longtemps : des oiseaux et quelques rongeurs et rampants. Marc profite de cette halte pour grimper au reservoir et s'y rafraichir. Tout de meme, a cet instant precis, une question se pose alors que nous evoluons tres lentement et difficilement : comme rien ne se profile a l'horizon, devons-nous, pouvons-nous continuer ? La retraite n'etant meme pas pensable, nous irons de l'avant ! Les conditions de descente ne s'ameliorent pas : toujours des pierres, toujours des changements de cotes, toujours des ponts a franchir. Dorenavant, les roles sont inverses ; nous surplombions la Nariz et maintenant c'est elle qui nous entoure. Nous avons meme l'impression qu'elle nous recouvre ayant l'air de dire, narquoise : "Vous vouliez me voir de pres, me dompter et bien regardez autour de vous puis voyez ou vous etes !" Sans un bruit alentours, nous levons la tete. Les sommets sont vraiment hauts maintenant et toujours rien en vue. Quoique, apres un epaulement nous apercevons les constructions de Simbambe. Ahah, la voici notre reponse. A force de perseverance, nous y arrivons. A vol d'oiseau, Simbambe est a 1 km, mais sur la voie sinueuse il nous faudra 5 heures de plus ! Nous voici donc parvenus au bout de la Nariz del Diablo. C'est un soulagement, une belle victoire. Toutefois, le jour commence a tomber et quelque chose cloche. La gare est en ruine, abandonnee depuis "belle lurette". Les rails sont toujours presents, mais les poutrelles de bois neuves qui en remplacaient d'autres ne sont plus. Un affreux doute s'empare de nous, mais nous continuons tout de meme. Nous passons un long, tres long pont, longeons la riviere nous enfoncant un peu plus et suivons les rails jusqu'au moment ou tout devient clair et net : la ligne de chemin de fer aboutit a un cul-de-sac. Quelle horreur ! Ce n'est pas pensable, pas la, pas maintenant, pas apres tout ce que nous venons de parcourir et d'endurer !?!?! Un espoir surgit malgre tout : la ligne se divise en deux et donne naissance a un embranchement. Marc s'empresse de verifier. La conclusion est fatale et brutale : CUL-DE-SAC !!!!!!! Aneantis, nous sommes aneantis. Il faut se rendre a l'evidence : la "route" est coupee, il est impossible (quel horrible mot) de continuer. Nous devons bivouaquer la et faire demi-tour, rebrousser chemin comme vous voulez. Quoiqu'il en soit, une notion bien plus epouvantable. Que diable (c'est l'cas de dire), la nuit prend le dessus, il nous faut planter la tente. Mais avant cela, des petites serviettes, de l'alcool a 70 degres pour nous nettoyer et nous ressourcer un peu. Le temps de l'ecrire et imaginez une horde de micro moustiques qui s'eleve, certainement venue des bords de la riviere et nous fonce dessus. Le temps de se proteger par des flacons et autres pommades miracles, les piqures apparaissent deja. Nous nous empressons d'allumer des tortillons et il reste encore la tente. Et comme un soucis n'arrive jamais seul, le sol pourtant proche de la riviere ne veut pas nous laisser nous installer. Les piquets se heurtent a la durete de la pierre enfouie seulement a quelques centimetres sur toute la superficie du seul endroit plat et non envahi par les ronces. Pendant ce temps la, meme si les fumees ont raison de la majorite, il reste toujours des moustiques, les plus vaillants assoiffes de sang qui veulent se gorger. Il faut dire a leur decharge qu'ils ne doivent pas voir souvent d'abrutis au sang frais aussi bas et aussi tard ;0) Nous pensons egalement a la remontee du lendemain, 13,5 km en tout. Il nous faut economiser l'eau, donc ce soir il n'y aura pas de pates-thon-mayo reconfortantes. Trop dur !!! Apres une nuit berces par l'ecoulement de la riviere et les tapotements reguliers de la pluie sur la tente, nous replions le bivouac accompagnes des moustiques puis commencons notre longue ascension. Ces satanees bestioles nous suivront jusque tard dans la matinee, meme englues d'Autan. Si la veille il nous fallait retenir nos velos, cette fois-ci nous devons les pousser. Et comme eviter les pierres est trop fastidieux, nous les placons sur lun rail. C'est plus lent, certes, mais plus reguliers pour les velos. la Nariz del Diablo nous apparait sous un jour different, plus insaisissable et en meme temps plus merveilleuse que jamais. eclairee par les rais du soleil levant. Apres 4 km de montee, une pause s'impose. Et la, est-ce un mirage ? pourtant non, le petit train descend. Quel horreur ou quel bonheur, je ne sais plus. Nous nous jetons sur le cote, contre les parois de la montagne pour eviter de se faire couper en deux. Aucun train n'aurait du emprunter la voie avant le lendemain. En fait il a ete loue par un groupe de Francais qui nous propose de nous remonter a Alausi. Retour a la case depart !!! Je concluerais en empruntant a Andre Dussolier son expression favorite de "Les enfants du marais" : QUELLE AVENTURE !!! Encore merci de votre presence, a tout de suite... MATOS PS : je souhaite simplement remercier CÚsar de nous avoir bien aide pour cette reactu envoyee de son cybercafe, le Kirios Net a Loja et aussi de son hospitalite. Solo, me gustaria agradecer CÚsar por su ayuda para la actualisacion mandada desde su almacen de internet Kirios Net en Loja y de su hospitalidad tambien.

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