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Bolivie --> A Jacques Tillocher mon grand-père (Marco)

Le 8 Février prochain, cela fera 17 mois que nous sommes partis. 17 mois de voyage a travers le monde, vivant chaque expérience, chaque rencontre, chaque instant comme de purs moments de bonheur.

Pourtant jamais la route ne m'a paru si dure, si rude, si éprouvante et malgré tout, si belle, que dans cette partie d'Amérique du sud qu'est l'Equateur, Pérou, et tout particulièrement la Bolivie.

Nous sommes en pleine saison des pluies (de décembre à mars) par conséquent, la traversée de la pampa sur l'Altiplano bolivien nous en a fait voir de toutes les couleurs. Des prairies verdoyantes couvertes de troupeaux de lamas, la chaîne de la Cordillère des Andes nous apparaissant comme de véritables murs blancs apparemment infranchissables, la transparence des ruisseaux de montagne, ainsi que le bleu pur du ciel laissant peu à peu la place au gris puis au noir des nuages menaçants, annonciateurs d'orage et de grêle.

Tout cela nous l'avons déjà vécu que ce fut en Iran pour le froid, en Malaisie pour la pluie, en Turquie pour la neige ou encore en Thaïlande pour la chaleur, à chaque pays sa "spécialité".

Ce qui est bien sur l'Altiplano bolivien, c'est la concentration de toutes ces conditions météorologiques à une altitude moyenne de 4000 m. : c'est dur, mais de toute beauté.

Nous arrivons a La Paz sous des trombes d'eau et découvrons une ville à la circulation infernale et où aucune rue ne nous apparaît plane. Nous restons trois jours sur place afin de nous réchauffer un peu, nettoyons notre réchaud et goûtons aux spécialités culinaires boliviennes.

Foies, reins, poumons, coeur et peut-être même rate de lama (nous ne savons plus très bien) le tout grillé sur un barbecue de fortune à même la rue. Un régal pour matos, de mon côté, dès demain, je me mets au tofu...

Il nous faut pourtant quitter notre confort pour reprendre la route. A l'origine il était prévu de prendre un avion ici pour rejoindre Sao Paulo au Brésil, mais nous en avons décidé autrement. Sous la tente bien au froid dans nos duvets, il y a 15 jours, nous nous posions la question suivante : " fait-il beau au Chili ? " La réponse est affirmative, alors nous voila partis vers le sud-est pour rejoindre Santiago.

Juste un petit detour de 3000 km !!!

Liberté quand tu nous tient...

Mais voila la liberté a un prix et pour nous ce sera 15 jours d'efforts et d'intempéries. A Patacamaya nous prenons plein ouest avec la Cordillère des Andes à franchir après 300 km de pampa. Toutes nos journées consistent à guetter le ciel et à jouer avec la grêle afin de ne pas être trop retardé. Nous n'avons aucun problème pour planter la tente sur cette Altiplano à la luminosité magnifique. Il est 16h, pour le moment le ciel nous laisse tranquille. Nous avons 1/2 heure avant le déluge. Notre réchaud nous a définitivement laissé tomber nous privant de notre ration de pâtes quotidienne pourtant si réconfortante. Nous nous contentons de maigres sandwiches devenus mets de luxe dans ces contrées à la fois hostiles et à la beauté incomparable.

Il pleut toutes les nuits et toute la nuit. Nos 17 mois passés a dormir sous la tente l'ont rendue perméable et c'est avec la rigueur d'un métronome que des gouttes glacées perlent dans l'habitacle. Nous nous réchauffons la journée en pédalant en direction de ce grand mur blanc. Je me délecte de rouler à 15 km/h accompagné par des troupeaux d'alpaca et de vigognes courant de part et d'autre de la route. Parfois une ombre familière me sort de mes réflexions, je lève alors les yeux et appercois la silhouette majestueuse d'un condor et lorsqu'il plane à mes côtés sur une centaine de mètres, je vous garantie que le froid, le vent et l'humidité deviennent des éléments négligeables. Parfois nous apercevons des bergers surveillant leurs troupeaux de lama et c'est avec surprise que nous les observons regrouper leurs bêtes à l'aide d'une fronde à main. Le geste est rapide et toujours précis conférant à l'arme une efficacité redoutable.

Il n'existe pas de village sur cette route et nous sommes obligés de nous rationner en eau et en nourriture au moins jusqu'à la frontière chilienne.

Cette fois nous sommes au pied du fameux mur et commençons l'ascension... 3 jours. Il nous a fallu 3 jours pour monter nos vélos jusqu'au col de Tambo Quemado culminant à 4660 m d'altitude. Là, les éléments sont déchaînés et nous sommes accueillis par un orage de grêle.

Il nous faut faire encore 15 km afin de trouver un abri. Babaorum cède de nouveau. Le porte-bagage arrière se rompt ne supportant plus les chocs de notre cagette à bouf’ et le poids des sacoches détrampées. La grêle laisse la place à la neige et il nous faut trouver un refuge au plus vite. Planter la tente ici est inimaginable, il y a trop de vent et nous ne voyons pas à 10 mètres.

Notre salut viendra des douaniers chiliens. Les 15 derniers kilomètres nous apparaissent comme un véritable calvaire et c'est transis de froid que nous arrivons au poste frontière, heureux de trouver un abri. Il nous faut 10 minutes et un grand sourire pour convaincre les douaniers de nous laisser dormir sur place. Il n'existe aucun logement, mais nous pouvons dormir dans la remise des produits chimiques traitant la fièvre aphteuse : royal ! Nous mettons nos matelas et nos duvets entre les bidons de biocide et en avant la ronflette, heureux d'avoir un toit imperméable au-dessus de la tête. Le lendemain à 8 h 00 nous partons pour une formidable descente vers le soleil du Pacifique, non sans avoir remercier nos sauveurs comme il se doit.

Côté chilien, le paysage est tout autre. Fini l'Altiplano. Cette fois nous traversons de gigantesques canyons, longeons des lacs aux tons gris bleutés abritant des colonies entières de Flamands roses, passons des volcans éteints et enneigés et enfin arrivons dans le désert surchauffé de la pampa Colorada. Nous retrouvons le soleil écrasant, le bleu du Pacifique et les vents violents caractéristiques de la côte ouest.

A l'heure ou j'écris ces quelques lignes, nous nous trouvons à Arica dans le nord du Chili et avons encore quelque 2078 km a pédaler avant de rejoindre Santiago, la capitale.

Les vélos sont réparés, soudés, et nettoyés. Il faut que je m'occupe du réchaud afin de pouvoir cuisiner de nouveau et rattraper en quelques recettes le retard accumulé en Bolivie.

Ici le soleil brille et je n'ai qu'à regarder vers l'est pour apercevoir cette fameuse Cordillère des Andes enneigée pensant aux paysages époustouflants de l'Altiplano, plus à l'est encore.

Désormais, ces paysages hauts combien en couleurs si magnifiques resteront en ma mémoire, non pas superbes de chagrin, mais superbes d'espérance à la mémoire de mon grand-père décédé au mois de janvier.

Bien au delà de ces quelques lignes trop fades c'est en quelques sortes mon parcours sur l'Altiplano bolivien que je lui dédie.

Ni tristesse, ni peur mais beaucoup d'espoir...

"Tout le monde meurt mais personne n'est mort" dit Bouddha.

A mediter…

Je vous embrasse

Le moral est bon et la forme excellente
Nous gardons le cap
A tout de suite

Carpe diem


Marco.

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